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Littérature et histoire - Page 4

  • Les Mémoires d'Outre-Tombe, ou les confidences de Chateaubriand

    Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, Napoléon, Révolution de 1789, Combourg, J’avais dit dans mon dernier billet que Chateaubriand était le peintre de la civilisation chrétienne, ce qui est vrai. Mais il n’était pas que cela, car c’est tout d’abord un des plus grands écrivains de l’histoire de notre littérature. Il suffit d’ailleurs de parcourir son œuvre, ce que j’ai fait de nouveau, pour s’en apercevoir, en commençant par les Mémoires d’Outre-Tombe, rédigées à diverses époques de sa vie, mais qui n’en restent pas moins globalement parmi les plus belles pages qu’il ait écrites. Ainsi, dans la première partie de l’œuvre, quand il évoque la vie à Combourg dans un château de province à la fin du dix-huitième siècle (il avait environ quinze ans à ce moment), on apprend beaucoup de choses sur le personnage de Chateaubriand, plus particulièrement ses origines aristocratiques.

    Déjà à travers ces deux phrases qui paraissent aujourd’hui surannées, ou plutôt qu’aucun écrivain n’oserait écrire ainsi : « Quatre maîtres (mon père, ma mère, ma sœur et moi) habitaient le château de Combourg. Une cuisinière, une femme de chambre, deux laquais et un cocher composaient tout le domestique ». Un peu plus loin, en évoquant le marquis de Montlouet (commissaire des Etats de Bretagne et qui était comte) et le comte de Goyon-Beaufort (qui s’appelait Gouyon-Beaufort et qui sera guillotiné en 1794), qui faisaient partie des quelques gentilshommes qui avaient accès au château, on retrouve à la fois le côté très cérémonieux de ces visites, et la nostalgie du siècle précédent, du moins avant la Révolution. Les visiteurs, tous anciens militaires, n’avaient de cesse à chaque visite de raconter ce que Chateaubriand appelle « leurs guerres de Hanovre » (pendant la Guerre de Sept Ans entre 1756 et 1763), les affaires de leur famille et l’histoire de leurs procès ».

    On apprend aussi à la lecture de ces lignes sur la vie à Combourg, très formatée, que le très autoritaire père de Chateaubriand, né d'une famille noble ruinée avant de devenir commerçant prospère grâce à ses activités mercantiles dans les colonies, pas forcément glorieuses, avait une vie spartiate, avec un lever à quatre heures du matin quelle que soit la saison, suivi du café  apporté par le valet de chambre à cinq heures, ce qui lui permettait de travailler dans son cabinet jusqu’à midi. Les femmes (mère et sœur) déjeunaient chacune dans leur chambre à huit heures du matin. Quant à François-Auguste ou François René (comme indiqué sur son acte de baptême), il n’avait aucune heure fixe ni pour le lever, ni pour le petit déjeuner comme nous disons de nos jours, puisqu’il était « censé étudier jusqu’à midi »…ce qu’il ne faisait généralement pas. Ensuite c’était le déjeuner ou si l’on préfère le repas de midi, que l’on appelait le dîner à l’époque, pris dans une grande salle qui servait à la fois de salle à manger et de salon, avant que tout le monde se déplace à l’autre extrémité du château après le repas.

    L’après-midi était consacré à la promenade dans l’étendue du vol du chapon (expression du droit coutumier qui désignait une certaine étendue de terre autour du manoir), mais aussi à la visite des potagers et à la pêche. Tout cela pour le père, alors que la mère passait une partie de son temps à prier dans la chapelle, endroit dans lequel se trouvaient quelques trésors sous forme de tableaux des plus grands maîtres. Lucile, la sœur de Chateaubriand de deux ans son aînée, tenue  en haute estime par son frère, à la fois par son cœur, son esprit et ses talents de poète, s’enfermait dans sa chambre, contrairement à François qui allait courir dans les champs. Tout cela jusqu’à huit heures du soir où la cloche annonçait ce que l’on désigne de nos jours par le dîner, qui s’appelait le souper à ce moment. Et, à dix heures, tout ce petit monde se couchait. Ainsi allait la vie au château de Combourg, un château où régnait la peur en automne et en hiver : peur pour Lucile et François, qui étaient terrifiés à l’idée que le père entende ce qu’ils disaient, ce qui les transformaient, ainsi que la mère, en statues…jusqu’au moment où le père regagnait sa chambre pour dormir.

    Là, la vie reprenait enfin entre la mère et les enfants, jusqu’au moment où ceux-ci décidaient de se coucher à leur tour, non sans avoir vérifié que quelques voleurs et spectres ne se soient pas introduits dans leurs chambres. Cette terreur concernait surtout les deux femmes, marquées par les légendes du château qui indiquaient que feu un certain comte de Combourg, à jambe de bois, apparaissait à certaines époques, même trois siècles après sa mort, sa jambe de bois se promenant parfois toute seule avec un chat noir. Bref, de quoi pour Lucile et sa mère avoir beaucoup de mal à s’endormir, alors que François se retirait en haut de sa tourelle, trop jeune pour être impressionné par ces récits légendaires. Quant aux domestiques et à la cuisinière, ils étaient sans doute trop fatigués pour s’inquiéter de ces choses, ce qui leur donnait cet avantage sur leurs maîtresses de s’endormir avec facilité du sommeil du juste.

    Toujours dans les Mémoires d’Outre-Tombe, mais dans la troisième partie, il y a un passage intéressant sur Napoléon, pour lequel Chateaubriand n’avait aucune véritable admiration, et qui protestait de voir que l’on ne cessât de glorifier le souvenir de l’Empereur.  Au passage il faut préciser que cette partie des Mémoires date de 1845, soit à peine cinq ans après le retour en fanfare des cendres de l’Empereur. Manifestement les gens, y compris nombre d’intellectuels à travers leurs poésies (Victor Hugo) et leurs chansons (Béranger), avaient oublié qui était Napoléon, dont Chateaubriand disait  que « la cour, les généraux, les ministres, les proches étaient las de son oppression et de ses conquêtes, las de cette partie toujours gagnée et jouée toujours ».

    A ce propos, Chateaubriand en est même arrivé, avec cette aversion pour Napoléon,  jusqu’à faire une sorte d’apologie de la République, qui avait certes été « bien cruelle », mais qui nous avait donné des conquêtes qu’il jugeait « préservatrices » sur les Alpes et le Rhin, et qui surtout ont été « gagnées en notre nom ». Dit autrement, pour Chateaubriand « tout appartenait à Bonaparte » et rien à la France, parce que la France c’était lui. D’ailleurs, à la fin de son règne plus personne ne pouvait supporter le despote, au point que « le sentiment hostile contre l’étranger s’en affaiblit », ce qui est la règle quand un pays est dirigé par un tyran. Cela étant, Chateaubriand fut toujours très loin d’être un républicain, comme en témoigne ce qu’il écrivait à propos de la République, dont « chacun espérait qu’elle passerait »…ce qui n’était pas vrai au moins jusqu’en 1800.

    Michel Escatafal

  • Chateaubriand, le peintre de la civilisation chrétienne à son époque

     

    chateaubriand, madame de Staël, littérature et histoireNé à Saint-Malo le 4 septembre 1768, mort à Paris le 4 juillet 1848, François–Auguste de Chateaubriand, passionné d’histoire politique, aura connu dans sa vie trois révolutions (1789, 27, 28 et 29 juillet 1830 et 22 au 25 février 1848), et, peut-être ou à cause de cela, allait devenir un auteur prolifique en œuvres de genres divers. En effet, après avoir publié un petit nombre de poésies plutôt médiocres, il alla passer quelques mois en Amérique (1791), puis revint en France pour émigrer presque aussitôt. Etabli en Angleterre, il y donna un Essai sur les Révolutions (1797), qui n’attira point alors l’attention du public. C’est en 1800 que, rentré à Paris, il publia dans le Mercure une lettre sur le livre de Madame de Staël, De la Littérature, qui le fit tout d’un coup connaître comme un brillant apologiste de la religion. La publication du petit roman d’Atala (1801) le rendit célèbre, et celle du Génie du Christianisme (1802) mit le sceau à sa réputation.

    Cela dit, la nouveauté d’un style dont la poétique magnificence, l’éclat, le coloris n’allaient pas sans quelque mélange d’insupportable déclamation, et la hardiesse provocante des attaques de Chateaubriand contre les théories philosophiques du dix-huitième siècle, avaient suscité de vives et nombreuses critiques. Elles devinrent plus acerbes encore lorsque, après René,  nouvelle inspirée jusqu’à un certain point du Werther de Goethe, insérée d’abord dans le Génie du Christianisme, puis publiée à part (1807), Chateaubriand donna son œuvre la plus achevée, l’épopée en prose les Martyrs. Toutefois les connaisseurs et le public tout entier ne tardèrent pas à admirer cette vivante peinture de la civilisation chrétienne encore naissante et du monde païen en décadence, ces tableaux variés, tour à tour énergiques et touchants, mais tous si vrais, dans la précision de leurs détails, qu’ils devaient servir de modèles aux historiens à venir, ces caractères généreux et charmants, Eudore, Cymodocée, Démodocus, cette composition nette et habilement ménagée, cette prose enfin dans l’harmonieuse unité de laquelle viennent se fondre, avec toutes les hardiesses éclatantes de la poésie moderne, toutes les grâces de la muse homérique.

    L’Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811) contient l’intéressant récit du voyage de Chateaubriand à travers tous les pays qui sont décrits dans les Martyrs. Après la chute de l’Empire, qu’il avait toujours combattu, Chateaubriand, qui fut à plusieurs reprises ministre et ambassadeur, ne publia plus guère que des ouvrages politiques. A ceux-ci, il faut ajouter néanmoins le chevaleresque récit des Aventures du dernier Abencerage (1826), et les Natchez, sorte de roman poétique, composition de la jeunesse de l’auteur, de brillantes Etudes historiques, les Voyages en Amérique, en France, en Italie (1834), un médiocre Essai sur la littérature anglaise, précédant une traduction du Paradis Perdu de Milton (1836), une très faible Vie de Rancé (1844). Enfin il ne faut surtout pas oublier  les Mémoires d’Outre-Tombe, œuvre à la fois bizarre et prétentieuse, œuvre inégale surtout, parce que les diverses parties en ont été rédigées à des époques et dans des circonstances bien diverses. Cependant  les meilleures, par la poésie de certains tableaux, l’aisance et la variété des récits, la noblesse mélancolique ou passionnée des réflexions et des confidences, égalent les plus beaux ouvrages d'un auteur à qui la postérité a depuis longtemps signifié les mérites.

    Michel Escatafal

     

  • B. Constant, écrivain imparfait, mais défenseur passionné des droits de l’individu

    littérature, histoire, benjamin Constant

    Né le 25 octobre 1767, à Lausanne, Benjamin Constant de Rebecque appartenait à une famille protestante d’origine française. Rendu français par le décret de 1796, qu’il avait lui-même réclamé, et qui restituait le droit de cité aux descendants des victimes de la révocation de l’édit de Nantes (1685), il fut nommé tribun après le 18 Brumaire. Mais, lié avec Madame de Staël, il fut bientôt, après s’être vu éliminé du Tribunat (1802), condamné à partager son exil. Rentré en France avec les Bourbons, mais ennemi-né de toute réaction, il abandonna la cause de la légitimité aux Cents-Jours. Confiant dans les promesses libérales de Napoléon, prenant part lui-même à la rédaction de l’Acte additionnel, il fut nommé par l’Empereur conseiller d’Etat.

    Exilé à la seconde Restauration, il put rentrer en France en 1816, fut élu député en 1819, et resta, jusqu’à la chute de la monarchie légitime, l’un des chefs du parti libéral. Après la révolution de 1830, dont il avait été l’un des instigateurs, il fut nommé par Louis-Philippe président du Conseil d’Etat, mais il mourut le 8 décembre de la même année. Ame très mobile, et pourtant éprise d’un idéal toujours le même, à la fois égoïste et sensible, très prompte à se laisser séduire, incapable de supporter un joug, esprit d’une rare indépendance, sur lequel Rousseau et Madame de Staël ont pu avoir quelque influence sans jamais l’asservir, théoricien politique, philosophe, orateur, écrivain, Benjamin Constant n’est pas moins remarquable par la multiplicité de ses talents que par l’originalité de son caractère et de son génie.

    Défenseur passionné des droits de l’individu, comme en témoigne un remarquable discours qu’il fit sur la liberté des anciens comparée à celle des modernes, il diffère par la précision de la pensée maîtresse qui dirige tous  les efforts de tous ceux qui ont, comme lui, à côté de lui, lutté pour la liberté politique. Ses discours, les écrits qu’il a lui-même réunis sous le nom de Cours de politique constitutionnelle, sa philosophie religieuse, telle qu’il l’expose dans un livre prolixe mais profond, De la Religion considérée dans sa source, ses formes et son développement, sont inspirés du même sentiment. Malheureusement Benjamin Constant est un écrivain imparfait, manquant à la fois d’aisance et de précision. Du coup on hésite à mettre au nombre des purs chefs-d’œuvre jusqu’au célèbre roman d’Adolphe (écrit en 1807 et publié en 1816), espèce d’autobiographie morale, remarquable par une certaine affectation d’impartialité, et par la finesse de l’analyse psychologique.

    Michel Escatafal

  • Madame de Staël, un des plus brillants esprits de son temps

    littérature,histoire,madame de staël,lamartine,villemainAnne-Louise-Germaine Necker, fille du célèbre ministre de Louis XVI, naquit à Paris le 22 avril 1766. Elle épousa en 1786 le baron de Staël-Holstein, ambassadeur de Suède à Paris, et mourut le 14 juillet 1817, également à Paris, après une attaque de paralysie. Disciple enthousiaste des philosophes du dix-huitième siècle, plus particulièrement de Jean-Jacques Rousseau, elle se fit, dès sa première jeunesse, admirer des personnages distingués qui fréquentaient le salon de son père. Plus tard, pendant la Révolution, le Consulat et l’Empire, elle devint comme l’âme du parti libéral et passa, jusqu’à la Restauration, la plus grande partie de sa vie dans l’exil, un exil qui ne la priva des hommages d’aucun de ses amis et de ses admirateurs. Quelques uns de ceux-ci furent d’ailleurs eux-mêmes proscrits pour lui avoir rendu visite à Coppet, en Suisse, dans le canton de Vaud.

    Rentrée définitivement en France en 1815, elle y composa son intéressant récit Dix années d’exil, publié à titre posthume en 1821, et l’une de ses œuvres les plus fortement conçues, Considérations sur les principaux évènements de la Révolution française, œuvre elle aussi publiée à titre posthume, en 1818. Auparavant Madame de Staël avait donné, outre deux romans de forme lourde, mais d’une inspiration très personnelle, Delphine (1802) et Corinne ou l’Italie (1807), et des opuscules de moindre importance, mais parmi lesquels encore faut-il signaler ses Réflexions sur la paix (1794) et sur la paix intérieure (1795), deux livres remplis d’idées neuves et qui devaient exercer une grande influence sur la littérature du dix-neuvième siècle, de la Littérature considérée dans ses rapports avec l’état moral et politique des nations (1800) et de l’Allemagne (1810).

    Le premier de ces deux livres est certes fondé sur une idée générale contestable, mais il ouvre à la critique des voies toutes nouvelles. Le second, beaucoup moins rigoureux dans la forme, mais nourri de faits bien observés, de réflexions et d’appréciations justes et profondes, mérite d’être admiré comme un livre révélateur, encore que la littérature et l’art allemands, que Goethe, Schiller, Lessing, Klopstock, Haydn et Mozart ne fussent pas alors tout à fait inconnus en France. Presque tous ceux qui ont connu Madame de Staël, ont pensé que ses ouvrages, si remarquables qu’ils fussent, ne laissaient qu’une imparfaite idée de l’esprit de cette dame illustre, tel qu’il se révélait dans la conversation. La postérité ne peut plus juger d’elle que par ses livres, et le style de ses livres, il faut le reconnaître, manque un peu de simplicité, de souplesse et de grâce.

    Cependant il est peu d’écrivains qu’on puisse lui préférer pour la force, la richesse et l’étendue, pour l’originalité, l’indépendance et la noblesse passionnée de la pensée. A ce propos, on rappellera la manière dont Lamartine a exprimé son admiration pour Madame de Staël, qu’il qualifiait de « génie mâle dans un corps de femme ». Mais il faut souligner aussi cette phrase du grand critique littéraire qu’était Villemain, disant d’elle qu’elle était « tout animée de cette vie puissante, et de ce feu de génie qui brillait dans ses moindres entretiens, et qui lui donnait une nature de supériorité que l’on ne peut oublier ni retrouver ».

    Michel Escatafal

  • Madame Roland : un esprit étendu et un cœur ardent

    madame roland,roland de la platière,littérature,histoireMarie-Jeanne ou Manon Phlipon, née à Paris le 17 mars 1754, épousa en 1788 Roland de la Platière (1732-1793), écrivain politique d’un caractère austère, qui devint ministre en 1792. Nourrie à l’école de Rousseau, cette femme d’un esprit étendu et d’un cœur ardent devint, à l’époque de la Révolution, l’âme du parti girondin, et fut enveloppée dans la disgrâce de ses amis.  Arrêtée le 2 juin 1793, elle comparut le 8 novembre devant le Tribunal  révolutionnaire, et monta le lendemain, d’un cœur ferme, sur l’échafaud.

    C’est pendant sa captivité qu’elle composa ses Mémoires célèbres, dont le style est parfois déparé par quelque déclamation, mais qui sont également remarquables par la sincérité du récit et la vivacité des tableaux et des portraits. A ces Mémoires, il faut ajouter différentes pièces, notamment les Notices historiques et les Portraits et anecdotes, également composés en prison. Nous avons encore de Madame Roland des Lettres, qui sont comme le commentaire perpétuel des Mémoires et qui, tout en ayant les mêmes mérites, paraissent, elles aussi, parfois fort emphatiques : c’est la marque du temps et de l’influence que la lecture de Rousseau exerça sur Madame Roland.

    Dans les Mémoires particuliers, qui est le titre des Mémoires proprement dits de Madame Roland, il y a un portrait remarquable sur sa grand’mère, « petite femme de bonne grâce et de belle humeur », qui « avait soixante-cinq ou six ans », et qui avait eu l’infortune d’être « veuve au bout d’un an de mariage ». Chez cette grand’mère qu’elle aimait beaucoup, Manon Phlipon passa une année entière alors qu’elle était âgée de douze ans, après avoir vécu une année au couvent. Mais ce document est évidemment moins poignant que celui que l’on peut intituler Dernière lettre à sa fille,  qui figure dans Mes dernières pensées, écrites à la suite des Mémoires.

    A ce propos, il faut savoir que le 3 octobre 1793, la Convention avait décrété la proscription en masse des Girondins. Madame Roland, qui était elle-même en prison depuis quatre mois, résolut alors, dans un moment de désespoir, de ne pas attendre son jugement et de se laisser mourir de faim. Elle changea de résolution quelques jours après. Mais c’est sous l’empire de ce projet de suicide, c’est-à-dire entre le 4 et le 8 octobre, que fut écrite la lettre à sa fille qu’elle termina par un sanglot dont la sobriété n’avait d’égale que la douleur contenue : « Adieu mon Eudora ». Cette dernière avait  alors douze ans. Elle survécut à sa mère jusqu’en 1858.

    Michel Escatafal