11.12.2009

Paul de Gondi, un polémiste de grand talent

de Retz.jpgNé en 1613, mort en 1679, Jean-François-Paul de Gondi, qui devint plus tard cardinal de Retz fut, fort jeune encore, nommé coadjuteur de l’archevêque de Paris, son oncle. Désireux d’arriver au gouvernement de l’Etat et aux grandes dignités par tous les moyens, il passa la plus grande partie de sa vie à conspirer. Tout d’abord contre Richelieu en 1636, puis ensuite contre Mazarin (1648),  jouant pendant la Fronde (1648-1653) un rôle prépondérant s’alliant à la Reine contre Condé (1650), et après bien des aventures, bien des succès et beaucoup de revers, il passa ses dernières années dans la retraite après avoir été emprisonné, puis exilé en Italie et en Flandres.

C’est alors qu’il écrivit ses célèbres Mémoires, dans lesquels la vivacité admirable du récit s’allie à un sens plus profond qu’on ne le soupçonne ordinairement de l’histoire et de la politique. Ils sont divisés en trois parties, dont la première n’est qu’une sorte d’introduction (1613-1643). La troisième (1654-1655) pour sa part est inachevée, mais la seconde (1643-1654) est de beaucoup la plus longue et la plus intéressante.

Nous avons encore du cardinal de Retz quelques Sermons, un ouvrage de jeunesse, la Conjuration de Fiesque et, avec différentes pièces, des lettres nombreuses, presque aussi intéressantes pour l’histoire de la langue et de la littérature que pour l’histoire politique de la France à l’époque de la Fronde, même si on peut lui reprocher çà et là quelques inexactitudes de détail qui n’infirment en rien ce qu’il affirme, et ne diminuent pas la force de ses dissertations.

Dans la deuxième partie des Mémoires, j’ai plus particulièrement relevé les Considérations sur l’exercice du pouvoir monarchique en France, où il évoque le pouvoir royal et l’absolutisme, faisant remarquer que l’autorité des rois dans notre pays « n’a jamais été réglée, comme celle des rois d’Angleterre et d’Aragon, par des lois écrites », allusion à la Grande Charte d’Angleterre, signée en 1215 par Jean sans Terre (roi d’Angleterre entre 1199 et 1216), et aux « fueros », antiques privilèges de l’Aragon et des autres provinces du nord de l’Espagne.

Il est également d’un grand intérêt de savoir Comment éclatèrent les troubles de la Fronde, avec une évocation  de la fondation de la république des Provinces-Unies. En effet, dès 1564, le peuple hollandais avait commencé à se soulever contre la domination espagnole. Les cruautés du duc d’Albe, lieutenant du roi d’Espagne Philippe II et gouverneur des Flandres (1567-1573), furent impuissantes à le faire rentrer dans l’obéissance.  En 1579, Guillaume 1er de Nassau, prince d’Orange, fit signer aux sept provinces bataves l’Union d’Utrecht, qui affirmait l’indépendance des Pays-Bas. En 1648 (Traité de Westphalie), l’Espagne dut reconnaître l’existence de la république des Provinces-Unies.  

Comme quoi  les révolutions les plus improbables peuvent changer radicalement de statut, à l’image aux yeux du Cardinal de Retz de ce qui s’est passé au début de la Fronde. C’est pour cela qu’il écrit : « Qui eût dit  trois mois devant la petite pointe des troubles, qu’il en eût pu naître dans un Etat où la maison royale était parfaitement unie, où la cour était esclave du ministre, où les provinces et la capitale lui étaient soumises, où les armées étaient victorieuses, où les compagnies paraissaient de tout point impuissantes ; qui l’eût dit eût passé pour un insensé ».

Enfin  comment ne pas citer les inévitables portraits (dix-sept en tout), tellement à la mode dans les salons et les romans de l’époque, par exemple ceux de la reine Anne d’Autriche et de Gaston d’Orléans (frère de Louis XIII et oncle de Louis XIV). Ainsi on découvre qu’Anne d’Autriche « avait plus que personne…de cette sorte d’esprit qui lui était nécessaire pour ne pas paraître sotte à ceux qui ne la connaissaient pas ». Quant au duc d’Orléans, « il avait, à l’exception du courage, tout ce qui était nécessaire à un honnête homme ; mais comme il n’avait rien, sans exception, de tout ce qui peut distinguer un grand homme, il ne trouvait rien dans lui-même qui  pût ni suppléer, ni même soutenir sa faiblesse ».

Avec une telle description de deux personnages aussi importants, on comprend parfaitement que cela n’ait pas arrangé sa réputation. Ses ennemis, au demeurant très nombreux, seront d’ailleurs très sévères avec lui, ne lui trouvant que peu de qualités et beaucoup de défauts. Pour La Rochefoucauld, « sa pente naturelle est l’oisiveté », et « son imagination lui fournit plus que sa mémoire ». Il n’empêche, Paul de Gondi, nous laisse une œuvre agréable à lire, et restera dans notre littérature comme un polémiste et un pamphlétaire de grand talent.

Michel Escatafal

31.10.2009

Il a renouvelé l'étude de la philosophie et des sciences

descartes.jpgRené Descartes est né le 31 mars 1596 en Touraine à La Haye, qui est devenu ensuite la Haye-Descartes, et qui s’appelle aujourd'hui Descartes tout court, dans le département d’Indre-et-Loire. Après avoir achevé ses études au collège des Jésuites de la Flèche, il résolut de voir le monde et de voyager en gentilhomme à qui sa fortune permet de mener une vie indépendante. C’est ainsi qu’il parcourut une grande partie de l’Europe, prenant même par deux fois du service dans les armées, la première au tout début de la guerre de Trente ans (1618-1648). Cela ne lui donna pas pour autant le goût de l’histoire et des langues,  tant son esprit était occupé à l’étude de la métaphysique et des sciences.

Cependant, comme Montaigne, dont les leçons et l’exemple devaient être présents à son esprit, le jeune gentilhomme s’entretenait lui-même de l’incertitude de ce qu’on enseignait alors dans les écoles sous le nom des « diverses sciences ». En 1619, une vision lui donna le sentiment qu’il avait enfin trouvé la méthode capable de le conduire au vrai. Il employa sans doute les années qui suivirent à mûrir et à éprouver sa découverte, mais sans renoncer au monde, ni même aux armes, car il combat en 1628 dans l’armée de Richelieu, au siège de la Rochelle.

Enfin, en 1629, il se fixe en Hollande, et c’est là qu’il publie, en 1637, ce célèbre Discours de la Méthode, dont on dit qu’il marque la naissance de la philosophie moderne, et qui n’est à vrai dire qu’une préface. Il y faisait pour ainsi dire l’histoire de son esprit, racontant par quelles suites de méditations, après avoir fait table rase de toutes ses connaissances précédemment acquises, il était arrivé à se créer une méthode pour refaire par lui-même tout l’édifice de la science. Ensuite il exposait les résultats auxquels il était parvenu  par cette méthode, et ceux qu’il  espérait légitimement  atteindre dans la suite.

Ce petit livre renouvelait entièrement l’étude de la philosophie et des sciences, quelques objections qu’on ait d’ailleurs pu faire valoir contre l’application de la méthode de Descartes, qui est comme une généralisation de la méthode des mathématiciens, à l’étude des sciences naturelles, en fondant désormais la science non plus sur l’autorité de la tradition, mais sur l’assentiment de la raison. Mais dans l’histoire même de notre langue et de notre littérature, la date de l’apparition du Discours de la Méthode ne saurait passer inaperçue. Il n’est pas sans intérêt de voir la langue française, purgée de tout archaïsme et de tout embarras, se prêter, sous sa forme nouvelle, avec une aisance et une clarté parfaites à l’exposition de ces hautes vérités qu’on croyait volontiers ne pouvoir être aisément et dignement exprimées qu’en latin.

Les témoignages de l’admiration que le dix-septième siècle, presque tout entier, a vouée à Descartes sont célèbres. Ne parlons pas des éloges que lui décernent les poètes ou les gens du monde, mais Pascal ne l’a combattu qu’après avoir subi son influence. En outre ni Bossuet, ni les messieurs de Port-Royal ne peuvent se défendre d’être en un sens ses disciples. Enfin, le plus grand des philosophes français du dix-septième siècle après Descartes, Malebranche, est aussi le plus grand des cartésiens.

Descartes est  mort le 11 février 1650 à Stockholm, où il avait été appelé quelques mois auparavant par la reine Christine de Suède à qui il vouait une grande admiration, « en raison de cette grande ardeur qu’elle a pour la connaissance des lettres », pour reprendre les termes de la lettre qu’il fit à Madame Elisabeth, princesse Palatine le 9 octobre 1649. Pour mémoire rappelons que Christine de Suède (1626-1689) succéda à son père Gustave-Adolphe en 1632, abdiqua en 1654, et, malgré ses erreurs et ses crimes,  eut du moins le mérite d’accorder aux littérateurs et aux savants une protection éclairée.

Michel Escatafal

15.03.2009

Michel de l'Hospital, un second Caton le Censeur

l'hospital.jpgFils de médecin, Michel de l’Hospital est né en 1506 à Aigueperse, commune située au cœur de la Limagne dans le Puy de Dôme. Après des études de droit en Italie, il fut successivement nommé, grâce à ses multiples talents et aux protections qu’ils lui valurent, conseiller au Parlement de Paris, surintendant des finances en 1554 et chancelier de France en 1560.

Cependant les protections des grands de son époque avaient des limites,  comme en témoigne l’obligation qu’il eut d’abandonner  la dignité de chancelier de France en 1568, en raison de l’attitude qu’il avait prise en essayant de faire triompher une politique tolérante et sage. Cette attitude, en effet, avait fortement déplu à Catherine de Médicis, épouse du roi Henri II, qui l’avait pourtant appelé pour mener une politique  de réconciliation entre catholiques et protestants.

Les œuvres que Michel de l’Hospital laissa à la postérité sont certes peu nombreuses, mais témoignent d’un grand talent littéraire. Ses Harangues sont toutes inspirées des nobles sentiments qui dirigèrent sa vie. Il était perçu comme un second Caton le Censeur, c’est-à-dire comme un homme qui savait censurer et corriger le monde corrompu, comme le décrira plus tard Brantôme (vers 1540-1614). Les Harangues étaient écrites d’un style ferme et net,  et moins surchargées de citations que celui de la plupart de nos anciens orateurs.

Le même éloge a été fait de ses plus importants Mémoires politiques et de son Traité de la réformation de la justice, en sept parties. Michel de l’Hospital a encore écrit six livres d’épîtres en vers latins, toujours élégants, et le plus souvent pleins de charme et d’énergie. Il mourut en 1573 au château de Vignay qui était rattaché à la paroisse de Champmotteux.

Michel Escatafal

24.01.2009

Calvin (1509-1564)

calvin.jpgParmi les auteurs qui ont marqué le 16è siècle, il en est un qui va laisser des traces profondes à la fois dans l’histoire, mais aussi dans la littérature. Il s’agit de Jean Cauvin, plus connu sous le nom de Calvin qui lui venait de la traduction latine de son nom Calvinus. Il est né à Noyon en 1509, et bien que bénéficiant très jeune d’une cure, il n’entra point pour cela dans les ordres. En revanche il se laissa gagner très tôt par les idées de réforme religieuse qui commençaient à circuler dans le pays.

Ayant été contraint de quitter la France en 1534, il se rend à Bâle où il publiera deux ans plus tard son grand ouvrage écrit en latin, l’Institution de la religion chrétienne. Ensuite, il séjournera en Italie, puis reviendra à Bâle avant de partir pour Genève où il sera banni en 1538. Ce bannissement sera de courte durée puisqu’il reviendra à Genève en 1540, où il va organiser une théocratie austère et tyrannique.

Là, il va remanier à de nombreuses reprises la première version de l’Institution de la religion chrétienne, qu’il fera traduire en français en 1541, et dont il va donner la version définitive en latin et en français en 1559 et 1560. A noter que dans l’édition de 1541, Calvin s’adresse au roi François 1er en employant partout la deuxième personne du singulier et non celle du pluriel.

Ce sera le premier grand ouvrage en français sur un sujet où sont exprimés « de hautes idées », pour parler comme on le faisait à l’époque. Plus que le contenu religieux,  ce qui compte dans cet ouvrage sur le plan littéraire c’est d’abord son intérêt pour l’histoire de la langue et de la littérature française. Avant sa mort en 1564, Calvin laissera un grand nombre d’opuscules théologiques, des Lettres et des Sermons.

Michel Escatafal

20.01.2009

Une période à la fois courte et intense (1660-1715)

Cette période est marquée par le véritable règne de Louis XIV, c’est-à-dire celui où il exerça un gouvernement personnel. C’est aussi la vraie période classique de notre histoire littéraire, représentée par des auteurs qui ne vont pas cesser de produire des chefs d’œuvre et à qui chacun reconnaît un certain génie. Trois poètes la représentent surtout, Boileau (1636-1711), Molière (1622-1673) et Racine (1639-1699), tous trois ennemis du romanesque, du burlesque et de tout ce qui semble contraire à la nature et à la vérité.  Racine dans ses tragédies  comme Molière dans ses comédies peignent les hommes tels qu’ils sont. Quant à Boileau qui les a beaucoup soutenus de ses encouragements et de ses conseils, il proclame le triomphe de l’école nouvelle dans son Art Poétique (1674).

Avec davantage d’indépendance et des mérites poétiques originaux, La Fontaine (1621-1695) montre dans ses Fables le même amour du naturel. D’autres auteurs dans un genre différent font aussi partie des personnages les plus brillants d’une époque où la vie politique avait été gravement troublée quelques années auparavant par la Fronde (1648-1652), mais où les choses de l’esprit restaient au centre des préoccupations. Cela a permis de mettre à la mode les maximes et les portraits qui ont valu à leurs auteurs de figurer aussi parmi nos plus grands écrivains.

On peut citer notamment La Rochefoucauld (1613-1680), de Retz (1613-1679), Madame de Sévigné ((1626-1696), Madame de La Fayette (1634-1693), sans oublier Madame de Montpensier (1627-1693).  Cependant de l’avis de tous, le plus grand prosateur du siècle est Bossuet (1627-1604), dont la vie domine l’histoire de l’Eglise de France à cette époque, et qui lui donne une place à part dans l’histoire de la littérature française. Comme orateur religieux il est au dessus de tous, et seul Bourdaloue (1632-1704) mérite la citation après lui.

Un peu plus tard, vers la fin du siècle, La Bruyère (1645-1695) dans Les Caractères (1688)fait souffler encore un esprit nouveau contre les vices des grands,  et contre l’obscénité des gens de finances qui commencent à tenir une place de plus en plus importante dans la société. Tout cela accompagne des transformations morales et sociales qui vont s’amplifier avec le temps. En revanche les auteurs de l’époque ont du mal à soutenir la comparaison avec leurs prédécesseurs.  Regnard (1655-1709) dans ses comédies  s’efforce surtout  d’être amusant et Lesage (1668-1674) se contente de railler les ridicules de son temps. Dans le genre tragique personne ne se détache, pas même  Thomas Corneille (1625-1709) qui suit docilement dans ses pièces les fluctuations du goût contemporain.

La fin du règne de Louis XIV devenant de plus en plus difficile, l’opposition à la politique du roi se fait de plus en plus jour, surtout après la révocation de l’Edit de Nantes (1685). Les Jansénistes donnent l’exemple de la résistance,  et nombreux sont ceux qui vont s’élever contre la dévotion imposée à la cour par Madame de Maintenon (1635-1719) qui, à cette époque, a  fondé Saint-Cyr et multiplié les écrits pour cette maison célèbre.

Notons enfin que cette fin de règne fut marquée par les tentatives de quelques esprits d’élite désireux de tracer les grandes lignes de certaines réformes,  avec moins de pouvoirs pour le roi.  Parmi eux Vauban (1633-1707) va publier sa Dîme Royale, et Fénelon (1651-1715) déjà compromis par les querelles du quiétisme, va émettre des opinions littéraires intéressantes et téméraires dans sa Lettre à l’Académie. Cela étant, même si personne n’ose encore remettre en question le principe du gouvernement monarchique, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir une évolution vers moins de contrainte et d’autorité despotique.

Michel Escatafal

18.01.2009

Après la Pléiade et avant la période classique

catherine de vivonne.jpgAprès la période de la Pléiade qui a finalement laissé moins de traces qu’on ne l’imagine, au point de voir les poètes de cette époque disparaître pour longtemps, la relève a été prise par Malherbe (1555-1628) qui a été le premier à faire prévaloir ce qui est réellement français et intelligible pour le plus grand nombre de l’époque. Quelques règles furent donc décidées, dictées par un sentiment de simplicité, de clarté et d’harmonie, par opposition avec la Pléiade où la versification se faisait encore parmi tant de mots formés et composés suivant la méthode des Latins et des Grecs.

Malherbe a donc été celui qui a été le véritable promoteur de la poésie française moderne. Cela ne signifie pas pour autant que son génie fut supérieur à celui des poètes qui l’ont précédé,  mais tous les autres poètes de la première moitié du 17è siècle se sont inspirés des principes de Malherbe. Au reste dans le droit fil de cette évolution, le monde lettré de cette époque s’emploie à perfectionner et à constituer définitivement notre langue.  L’hôtel de Rambouillet, célèbre salon littéraire de la première moitié du 17é siècle, s’ouvre aux écrivains et auteurs célèbres.

Tous s’y rencontrent et notamment  Vaugelas (1585-1650), Benserade (1613-1681), Voiture (1598-1648), Sorel (1602-1674)connu pour ses romans satiriques où l'esprit des bourgeois proteste contre les raffinements des précieux, mais aussi le prince de Marsillac, devenu plus tard duc de la Rochefoucauld, le célèbre auteur des Maximes. Les femmes distinguées sont également très présentes, et parmi elles la célèbre Mademoiselle de Scudéry (1607-1701), la marquise Catherine (1588-1665) créatrice du salon, tenant avec ses filles le sceptre de la conversation.

Le pouvoir politique n’est pas absent puisque Richelieu prend sous sa haute protection une autre compagnie qui va s'appeler l’Académie française, et va devenir la règle vivante et l’arbitre souverain du bon usage et du bon goût (1635). Presque au même moment Descartes (1596-1650) publie son Discours de la méthode (1637) qui va renouveler la philosophie. Malebranche (1638-1715) se rattachera à lui tout comme d’autres philosophes moins connus.

La tragédie de son coté est devenue plus dramatique et plus intéressante, grâce surtout à Alexandre Hardy (1570-1632). L’influence de l’Italie et de l’Espagne se font sentir, avec parfois des sujets héroïques qui prêtent aux traits brillants et aux développements oratoires. Corneille dans le Cid en 1636, puis dans ses plus grands chefs d’œuvre, fait entendre pour la première fois le langage naturel de la passion.

De son côté la comédie se complaît dans des intrigues compliquées et les plaisanteries souvent grossières. Rares furent les auteurs de comédie de l’époque qui passèrent le cap de la postérité, mis à part Desmarets de Saint-Sorlin (1595-1676), de Scarron (1610-1660) et Savinien Cyrano de Bergerac connu pour sa pièce le Pédant joué (1654), mais dont le nom est célèbre… par la grâce d’un personnage d’Edmond Rostand qui porte son nom. En fait dans ce registre, seul Corneille réussit à amuser ce que l’on appelait « les honnêtes gens » sans qu’il n’en coûte rien à la morale et au bon goût de ce temps.  Sa pièce principale comme auteur de comédie sera le Menteur (1644).

Enfin à cette époque, ce sont les discussions théologiques sur la grâce et les querelles de la Sorbonne et des Jansénistes qui vont commencer à émouvoir l’opinion publique.  Les écrits d’Arnauld (1612-1694), infatigable controversiste, de Nicole (1625-1695) avec ses Essais sur la Morale, ouvrirent la voie au génie de Pascal qui s’est d’abord illustré comme savant, mais qui laissera en mourant sa célèbre Apologie de la religion, au demeurant non achevée, dont Port-Royal publiera les fragments sous le nom de Pensées. Pascal recevra plus tard l’hommage des plus grands écrivains, dont Voltaire, qui écrira à propos des Lettres Provinciales : « Toutes les sortes d’éloquence y sont renfermées ». Désormais la langue française n’a plus de progrès à faire, et on va entrer de plain pied dans la période vraiment classique de notre histoire littéraire.

Michel Escatafal

17.01.2009

Les mémoires de Monluc

monluc.jpgDans la littérature il est assez rare de trouver des militaires parmi nos plus grands écrivains. Et pourtant il y en a au moins un qui figure en tête de liste, Blaise Monluc. Ce dernier en effet prit part à toutes les guerres de François 1er et d’Henri II, notamment en Italie d'où il ramena la rapière, arme redoutable rendue célèbre plus tard par les Mousquetaires. Il fut aussi chargé du gouvernement de la Guyenne où il est né en 1502. Dans ces fonctions il s’avéra un terrible combattant pour les protestants avec lesquels il fit preuve d’une implacable cruauté.

Sa vocation d’écrivain s’avéra tardive puisqu’elle résulta d’une blessure subie au siège de Rabastens en 1570, qui l’obligea à se retirer chez lui. Il en profita pour écrire le récit de sa vie, ne serait-ce que pour répondre aux accusations dont son administration fit l’objet. Cependant, malgré sa blessure et son âge avancé, il fut appelé au siège de la Rochelle en 1573 et fut nommé peu après (en 1575) maréchal de France.  Il mourut en 1577.

Soldat lettré bien qu’il s’efforça toute sa vie de n’en rien laisser paraître, il a intitulé ses mémoires Commentaires,  comme un autre grand soldat…Jules César. Il n’avait pas peur des comparaisons. Cela étant  ses Commentaires, divisées en sept livres, sont une œuvre d’une extraordinaire précision et rien n’est plus vivant que ces récits de sièges et de bataille dans lesquels il ne cessa de donner l’exemple.

En outre, les épouvantables tableaux qu’il brosse de ces combats donnent une idée encore plus nauséabonde de la guerre civile et de l’intolérance qui l’a déchaînée.  Malgré tout  les lecteurs du 21è siècle que nous sommes, n’hésiteront pas à reprocher à Monluc de sembler se complaire à l’évocation des purges qu’il inflige aux rebelles du royaume, où à tout le moins d’y faire preuve d’une tranquille indifférence.

Michel Escatafal

12.01.2009

La prose de François Rabelais

rabelais.jpgFrançois Rabelais est né à Chinon entre 1483 et 1495 et mort en 1553 ou 1554. Comme nous pouvons le constater, plusieurs parties de sa vie sont encore obscures, mais en revanche nous savons qu’il est entré dans les ordres et qu’il s'y concilia des amitiés et des protections illustres, qu’il voyagea beaucoup en France et jusqu’en Italie à Rome, avec le cardinal Jean du Bellay,  et plus encore  qu’il a énormément étudié. Cela lui a permis d’amasser à peu près toutes les connaissances qu’il était possible d’acquérir de son temps.

Il a même exercé la médecine avec éclat, mais surtout au milieu de tant d’occupations il a trouvé le moyen de rédiger le grand ouvrage qui l’a immortalisé, avec le premier livre de Pantagruel publié en 1532, et la Vie de Gargantua, père de Pantagruel en 1535. L’ouvrage complet comprend cinq livres, mais on n’est pas certain que le cinquième qui parut une dizaine d’années après sa mort soit de lui.

L’histoire de ses gigantesques héros, autour desquels il groupe des personnages divers  qu’il désigne souvent par des noms grecs à signification symbolique, n’est qu’un prétexte qui permet à Rabelais sous le voile d’allégories bouffonnes de passer en revue les erreurs et les abus de son époque.  Son œuvre est marquée à la fois par la prodigalité et l’exubérance, mais aussi par un comique parfois grossier, et qui touche au grotesque. Par contraste, dans les enseignements qui ressortent de son œuvre on trouve beaucoup de pondération et de sagesse.

En résumé, l’œuvre de Rabelais présente un assemblage curieux des qualités les plus diverses et les plus opposées que l’on puisse trouver. Il passera  à la postérité comme un esprit joyeux et raisonnable, ouvert aux plus nobles jouissances, sans dédaigner les plaisirs les plus vulgaires ce qui a pu choquer les âmes délicates. Malgré tout il sera toujours respectueux des vérités les plus générales de la philosophie et de la religion, mais surtout son esprit  l’incite à penser que la sagesse consiste à  suivre la nature sans jamais la contrarier.

Michel  Escatafal

09.01.2009

La Renaissance

marguerite d'angoulême.jpgA cette époque la langue française va de plus en plus s’affranchir de la construction latine,  et notre langue est en train de se constituer définitivement. Les conteurs du 16è siècle sont de plus en plus différents de ceux qui les ont précédés.  Parmi ceux-ci le premier nom qui vient à l’esprit est évidemment celui de Rabelais (mort en 1553) qui fait paraître à la fin de 1532 le premier livre de Pantagruel et avant 1535 Gargantua. Ces deux livres sont remarquables à la fois par l’abondance du vocabulaire, mais aussi par les idées philosophiques qu’ils contiennent. Quelques auteurs de talent marqueront aussi cette époque dans un style un peu différent, comme Marguerite d’Angoulême (1492-1549), reine de Navarre et sœur du roi François 1er, ou encore Bonaventure des Periers (mort en 1544).

Mais à cette époque le livre qui va marquer une des dates les plus importantes de l’histoire de la prose française est l’Institution  chrétienne (1541) de Calvin (1509-1564), à coup sûr le livre traitant de théologie ayant eu le plus d’influence au 16è siècle.  Théodore de Bèze (1519-1605) et Duplessis-Mornay (1549-1623) méritent aussi la citation, mais évidemment un cran en dessous.  Par ailleurs  il ne faut surtout pas négliger les ouvrages de politique publiés par des auteurs comme de Bodin (1530-1596) qui écrivit la République en 1578 et surtout La Boétie (1530-1567) auteur du Discours de la servitude volontaire, sans oublier le chancelier Michel de l’Hospital (1505-1573).

Nous n’insisterons pas, à la même époque, sur le rôle de Montaigne qui a su s’approprier et revêtir d’une forme personnelle les idées qu’il avait empruntées aux auteurs de l’antiquité. Dans le même temps Girard du Haillan (1535-1610) écrira une Histoire de France, premier modèle, même si celle-ci a eu du mal à passer à la postérité, ce qui ne sera pas le cas de l’Histoire Universelle de d’Aubigné (1552-1630). A cela s’ajoute la publication de mémoires ou de notes diplomatiques de quelques hommes politiques comme Sully (1560-1641), Jeannin (1540-1622) et Henri IV lui-même, preuve supplémentaire qu’à cette époque également histoire et littérature étaient très intimement liées.

Enfin on ne peut pas éviter de parler de trois hommes qui ont écrit avec pour seul but de consigner le résultat de leurs recherches scientifiques, à savoir le chirurgien Ambroise Paré (1517-1590), Bernard Palissy (1510-1590) et Olivier de Serres (1539-1619), l’auteur du théâtre d’Agriculture. Quant aux poètes, ils se signalent surtout par des poésies simples et des versifications compliquées.  Parmi ceux-ci nous en citerons un, Jean Marot (1463-2523), surtout célèbre parce qu’il est le père de Clément Marot qui s’élève au dessus de tout le monde dans ses meilleures poésies, ce que n’avait pas manqué de remarquer François 1er qui était à la fois un admirateur et un fidèle soutien.

C’est à ce moment que quelques poètes s’associèrent pour tenter de renouveler et enrichir la poésie française par l’imitation de l’Antiquité. En 1549 paraît le manifeste de l’école nouvelle la Brigade puis la Pléiade avec la Défense et Illustration de la langue française.  Ce livre ô combien célèbre voyait Joachim du Bellay y défendre la langue française contre le reproche de pauvreté qui lui était fait.  La Pléiade va former des mots composés en français à l’imitation des mots grecs ou latins du même genre, mais aussi permettre d’exprimer comme les  poètes antiques les idées et les sentiments les plus élevés.

Ainsi on verra naître l’ode, le sonnet, l’élégie, l’églogue et avec l’épopée, la tragédie et la comédie. On n’a pas besoin de citer les noms car tout le monde les connaît, à commencer par le plus brillant d’entre eux, Ronsard (1524-1585), mais aussi du Bellay (1522-1560) sans oublier Belleau (1528-1577), Pontus de Thyard (1521-1605) et le fondateur de notre tragédie, tout à fait dans le goût de Sénèque, Jodelle (1532-1573). Tous les autres poètes se rattacheront à la Pléiade dont on dit qu’elle a en quelque sorte décidé de l’avenir de la poésie française.

Michel Escatafal

04.01.2009

La littérature française des origines à l'époque de la renaissance

villon.jpgL’histoire de la littérature française est marquée  par plusieurs grandes périodes, elles-mêmes divisées en sous-périodes distinctes. On désignera quatre périodes jusqu’au 19è siècle : la première allant des origines à l’époque de la Renaissance, le deuxième concernera la Renaissance elle-même, la troisième couvrira les 17è et 18è siècles, plus les premières années du 19è siècle, et enfin le 19è siècle à partir de la Restauration. Nous aurons évidemment l’occasion d’évoquer ces périodes dans ce blog au fur et à mesure que nous citerons les principaux écrivains qui ont fait la gloire et la richesse de notre littérature. Cependant nous allons essayer de faire un résumé de ces quatre parties, en les situant dans un contexte historique qui nous fera mieux découvrir  les curiosités de l’histoire littéraire de notre pays.

La première de ces quatre  grandes périodes commence par une introduction qui ira des origines de la langue  jusqu’à la fin de la Guerre de Cent Ans et même un peu au delà, en passant par l’époque de la première croisade (1096).  La langue a été évidemment fortement influencée par la conquête de la Gaule par Jules César (52 avant notre ére). Le latin est devenu la langue du droit, des affaires, du commerce, des écoles et de l’Eglise. Quatre siècles après la conquête le latin était parlé partout en Gaule, et si les Barbares apportèrent des transformations la langue parlée en Gaule ne subira guère de modifications jusqu’au 7è siècle.

Ensuite on parla plutôt le roman (une sorte de latin simplifié)  et c’est dans cette langue que fut rédigé le fameux texte du serment entre Louis le Germanique et  Charles le Chauve (842). Peu après  apparurent les premiers monuments littéraires de cette nouvelle langue, et peu à peu les œuvres littéraires deviennent de plus en plus nombreuses jusqu’à la célèbre Chanson de Roland (fin du 11è siécle), qui est comme chacun le sait une chanson de geste ou si l’on préfère un poème épique.

Ce genre de poème se perpétuera  au-delà du 12è siècle avec pour acteur principal le roi de la  Grande-Bretagne, Arthur et ses Chevaliers de la Table Ronde.  Ensuite ce fut le déclin de l’esprit chevaleresque au profit de l’esprit bourgeois, fait de malice et de bon sens et prompt à la satire, qui donnera des récits désignés sous le nom de fabliaux, composés entre la fin du 12è siècle et le commencement du 14è. A propos de satire, la poésie satirique est représentée dès le 13è siècle par ce que l’on appelait les dits, les disputes, les débats et par les états du monde où on faisait ressortir les vices et les défauts de la société. Le meilleur représentant de cette forme de poésie a été Ruteboeuf (mort en 1280) dont certains disent qu’il fut le plus doué de tous nos poètes avant Villon. Le Roman de Renart  pour sa part procède à la fois de l’épopée, du fabliau et de la satire.

Mais c’est aussi du 12è siècle que datent les premières grandes œuvres de notre littérature dramatique. Le drame sera d’abord religieux avec une représentation de scènes religieuses dans les églises, puis il s’exila sur la place publique, tout en restant fidèle à son orientation primitive.  Quant à notre théâtre comique, les origines en sont beaucoup plus floues et les premiers monuments du genre comique ne sont guère antérieurs au 13è siècle.  La poésie lyrique, pour sa part, brilla d’un vif éclat au Moyen-Age, mais curieusement on ne classe pas les troubadours des 12è et 13è siècles parmi les poètes lyriques français…parce qu’ils écrivaient en langue d’oc, et donc ne sont pas considérés comme des écrivains français.

Enfin dès le 12è siècle aussi commencent à apparaître les récits romanesques en prose d’origine antique, orientale, bretonne et française. Elles prendront de plus en plus la place des anciennes épopées en vers aux yeux du public. Du 13è siècle nous avons également  des sermons, des traductions, des romans et l’histoire. Parmi les chefs d’œuvre du genre nous citerons l’Histoire de Saint-Louis écrite au tout début du 14è siècle par Joinville, un des plus fidèles compagnons de Louis IX.

La deuxième partie de cette période  va de la Guerre de Cent ans à l’époque de la Renaissance. La langue française devient de plus en plus analytique, et perd les derniers vestiges de déclinaisons hérités de ses origines latines.  L’épopée ne se renouvelle plus et ce ne sont pas les évènements de la guerre de Cent Ans qui vont lui redonner vie. En revanche le théâtre prend son essor au 14è siècle et plus encore  au  15è. On met en scène des sujets religieux, de manière parfois païenne, empruntés  à la Bible, au Nouveau Testament ou à la vie des saints, mais en 1548 un arrêt du Parlement interdira à Paris la représentation des mystères. A la place on verra se développer la farce qui est une petite pièce destinée à amuser plus qu’à instruire. A coté de cela les règles de la poésie lyrique vont se transformer profondément sous forme de ballade et de rondeaux. Parmi les grands poètes de l’époque il faut citer Charles d’Orléans (1391-1465) et surtout Villon (1431-1463).

Enfin, le genre de prose qui fait le plus de progrès est l’histoire, notamment grâce à l’illustre Froissard (1337-1410). Rarement dans l’histoire de notre pays il y eut autant d’écrits historiques contemporains. Outre Froissard, il faut citer un écrivain de grand talent, Philippe de Commynes (1445-1511), diplomate de profession, qui dans ses Mémoires publiées en 1524 raisonne déjà presque en philosophe  sur les évènements qu’il décrit. L’esprit français en se pénétrant de l’esprit de l’antiquité va se renouveler profondément en  s’élargissant. Ce  sont les prémices de la période de la Renaissance.

Michel Escatafal