02.08.2009

L'autre Balzac

guez de balzac.jpgJean-Louis Guez de Balzac est né en 1594 à Angoulême, ville où il est mort en 1654. De 1611 à 1622 il remplit plusieurs fonctions à l’étranger et fut nommé par Richelieu, à son retour à Paris, Conseiller d’Etat et historiographe de France. Il dut cette nomination au fait que ses Lettres l’avaient fait connaître. Ensuite, dès 1634, il fut choisi pour faire partie de l’Académie française, mais ne quitta point pour cela sa terre de Balzac en raison d'un état de santé délicat.

Il n’en fut pas moins l’oracle de toute la société polie du temps. Le premier, en effet, il trouva la forme définitive de la prose française, et il suffit de comparer son style et celui des auteurs qui l’ont suivi avec celui des derniers écrivains du seizième siècle,  pour voir quelle grande place il tient dans l’histoire de notre langue et de notre littérature.

Malgré tout il faut avouer que la postérité n’a pas eu tort de mettre au second rang , bien loin après les lettres d’une Madame de Sévigné par exemple, ces Lettres que Guez de Balzac travaillait comme des morceaux d’éloquence, et dont le ton ne paraît pas toujours bien naturel. Cependant elles  sont loin d’être vides de pensées,  et un grand nombre d’entre elles forment une source importante à consulter pour l’histoire du temps.

Dans ses Lettres par exemple, on découvre sous un autre angle le différend entre Corneille et Georges de Scudéry (1601-1667), qui fut son ami avant d’être son rival, lui-même auteur de plusieurs tragédies et tragi-comédies.  On y décrit également un personnage comme Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (1580-1637), conseiller au parlement d’Aix, illustre érudit français qui, s’intéressant également à l’histoire, à la philologie, à l’archéologie, à la géographie, à l’histoire naturelle, mit avec un dévouement inépuisable sa fortune et ses efforts au service de la science et des savants.

Outre ses Lettres, Balzac a laissé trois traités de morale mondaine, religieuse et politique, Aristippe, le Socrate chrétien, le Prince, dans lesquels il trouve souvent la juste expression de pensées élevées, à défaut d’être originales. Dans le Socrate chrétien, j’ai bien aimé l'évocation de l’empereur romain Tibère (successeur d’Auguste en 14), qui donne témoignage des tourments de cet empereur qui ne voulait pas l’être. Cela ne l’empêcha pas de gouverner longtemps avec  clairvoyance et équité quoiqu’aient pu en dire Tacite et Suétone, ces derniers faisant de lui le bouc expiatoire de tous les vices de Rome à l’époque, mais qui finit sa vie frappé dans un enfer de malheurs et de trahison.

Michel Escatafal

26.07.2009

La poésie épique à Rome

ennius.jpgLes Romains ont toujours été de vaillants et admirables soldats avec une discipline de fer qui a fait leur force. Celle-ci  leur a permis de conquérir le monde connu de l’époque,  et de résister à toutes les tentatives d’invasion pendant plusieurs siècles.  Et c’est sans doute pour cela que les héros épiques ont eu tellement de mal à trouver leur place dans l’histoire de la littérature romaine. L’épopée en effet vit surtout de merveilleux,  et ce merveilleux manque un peu partout dans l’histoire de Rome, y compris dans la religion puisque leur dieux n’avaient aucune forme visible.

C’est donc de la Grèce que Rome reçut le poème épique, comme d’ailleurs les autres genres.  Il est représenté par trois auteurs : Livius, Névius et Ennius. Le premier, Livius Andronicus (vers 278-204), était d’origine grecque (de Tarente) venu à Rome comme esclave. Il fut ensuite affranchi par son patron, ce qui lui permit d’ouvrir une école. Sa principale œuvre est une traduction en latin de l’Odyssée d’Homère, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’excita pas grand-monde à l’époque, sauf Névius (264-194).

Celui-ci en effet, né à Rome ou en Campanie, avait servi comme soldat pendant la première guerre punique (264-241). Il avait gardé de cette guerre un souvenir enthousiaste qu’il entreprit de conter, même si  ce conflit fut long et ruineux pour les deux parties. Malgré tout ce fut Rome qui en sortit vainqueur,  puisque Carthage a dû lui céder ses possessions siciliennes. En tout cas pour Névius ce fut une épopée qui méritait d’être contée, au point qu’il remonta dans son récit jusqu’aux origines de Rome, telles que les rapportaient les légendes grecques. Les aventures d’Enée figuraient dans des vers qui ont représenté l’essentiel de l’œuvre de Névius, dont Cicéron a parlé avec estime, même si Névius  a mélangé gauchement les fictions de la légende et les évènements de l’histoire.

En fait ce fut Ennius (239-169) qui donna le premier aux Romains un véritable poème épique, malgré l’imperfection de ses Annales. Ennius était originaire de la Grande Grèce, né à Rudies (région des Pouilles de nos jours), et servit lui aussi dans l’armée romaine comme centurion. Comme Livius il ouvrit une école (sur le Mont-Aventin), celle-ci donnant dans les genres les plus divers, la tragédie, la comédie, et les satires. Sa vaillance de soldat lui valut l’amitié indéfectible de Scipion, au point qu’il partageât la sépulture de sa famille.  En retour il donna le nom de Scipion à un de ses poèmes. On dit aussi que ses talents et ses vertus lui inspirèrent quelque orgueil, qu’il laissa éclater avec noblesse  mais aussi avec une naïveté qui prêtait à sourire. Dans ses Annales il a même raconté qu’Homère lui était apparu en songe et que son âme était passée à Ennius lui-même. Peut-être s’imaginait-il qu’on allait l’appeler le second Homère ?

Les Annales se composent de dix-huit livres dont il ne reste que quelques fragments. Elles se caractérisent par leur manque d’unité avec au début des récits légendaires, puis des faits historiques comme la guerre contre Tarente et Pyrrhus (281-272), puis des évènements contemporains de son époque. Cependant les Annales ont un trait commun, à savoir la trace d’un patriotisme ardent et sincère.  Sur le plan de l’écriture Ennius introduisit une nouveauté frappante pour son époque, puisqu’il renonça à employer le vieux mètre saturnin (vers d’une structure très libre)  pour l’hexamètre latin sur le modèle de l’hexamètre grec (vers de six pieds ou six syllabes). Cette invention le rendit très fier, et il en avait le droit car c’est de cet instrument, perfectionné par Lucrèce (vers 98-55) et Catulle (87-54), que Virgile (70-19) se servit pour écrire l’Enéide.

Michel Escatafal

19.07.2009

Le plus aventureux des membres de la Pléiade

de Baïf.jpgFils du savant Lazare de Baïf, qui fut ambassadeur de François 1er à Venise, né lui-même dans cette ville en 1532, mort en 1589 à Paris, Jean-Antoine de Baïf qui suivit avec Ronsard les leçons de Daurat, d’abord chez son père puis au collège Coqueret, fut sinon le plus remarquable du moins le plus aventureux des membres de la Pléiade.

Non content de s’inspirer de l’antiquité, il essaya d’introduire dans la poésie française la versification mesurée des Latins et des Grecs : il se proposait ainsi de restaurer l’union parfaite de la musique et de la poésie, et c’est dans le même dessein qu’il fonda chez lui, au faubourg Saint-Victor, une académie de musique et de poésie autorisée en 1570 par lettres patentes de Charles IX.

Ses œuvres renferment cinq recueils principaux : les Poèmes, les Amours, les Jeux (comprenant la traduction d’une comédie de Térence, d’une comédie de Plaute et de l’Antigone de Sophocle), les Passe-Temps, enfin les Mimes, sorte de poèmes moraux en sizains. Il faut y ajouter, les Etrènes de poézie fransoèze (1573), écrites suivant les règles de l’orthographe  que Baïf voulait faire adopter, avec une transcription phonétique de la langue parlée.

On n’oublie pas non plus des œuvres restées inédites :  traductions des Psaumes en vers rimés et en vers  mesurés que l’on a appelés plus tard « vers baïfins » , Chansonnettes en vers mesurés également  même si parfois  le poète a tenu compte du nombre de syllabes ce qui en fait en quelque sorte des vers blancs, et des traductions qu’on n’a pas retrouvées de la Médée d’Euripide, des Trachiniennes de Sophocle, du Plutus d’Aristophane et de L’Héautontimorumenos (le Bourreau de soi-même) de Térence.

Michel Escatafal