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La Rochefoucauld, un moraliste aigri...

La_Rochefoucauld.jpgNé le 15 décembre 1613, mort à Paris le 17 mars 1680 après avoir reçu l’extrême-onction de Bossuet, le duc François de la Rochefoucauld, prince de Marcillac, est surtout connu pour le petit livre intitulé Réflexions ou Sentences et maximes morales (1665), qui repose tout entier sur une doctrine cruelle autant que paradoxale : suivant ce moraliste, toutes nos actions et tous nos sentiments, même ceux qui semblent les plus louables et les plus désintéressés, procèderaient uniquement de l’égoïsme et d’une pensée d’intérêt personnel.

Mais si l’on peut combattre un système qui a dû être inspiré  à La Rochefoucauld par une expérience amère de la vie, et probablement confirmé dans son esprit par les théories de ses amis jansénistes sur la condition de l’homme en dehors de l’état de grâce, il faut en revanche admirer comme un modèle de précision et de propriété, un style exempt de tout procédé et de tout artifice, patiemment perfectionné au long du temps.

Si je dis cela c’est parce que quatre éditions des Maximes ont encore été publiées,  après la première, du vivant de la Rochefoucauld, et chacune d’elle diffère de la précédente par quelques corrections, additions ou suppressions.  La Rochefoucauld, qui avait été mêlé aux évènements de la Fronde, sans retirer de tant d’agitations et d’intrigues autre chose qu’un grand sentiment d’aigreur et de misanthropie, a encore laissé des Mémoires qui ne sont pas tous de lui mais qui sont un bon témoignage de son temps, même s’ils  pâlissent à côté de ceux du Cardinal de Retz…qu’il tenta de faire assassiner en 1651, ce qui lui valut de devoir quitter Paris avec Condé.

Cet épisode peu glorieux n’est en réalité qu’une des multiples intrigues qu’il nourrit tout au long de sa vie, ce qui lui valut de nombreuses inimitiés bien qu’il passât pour quelques uns de ses contemporains pour un homme aimable et plutôt sensible. C’est sans doute cet aspect de sa personnalité qui plut à des femmes de la haute société de l’époque, par exemple Madame de Sablé, Madame de Sévigné et surtout Madame de Lafayette qui fut une amie intime jusqu’à la fin de sa vie.

Parmi ses maximes les plus célèbres je citerais : « La petitesse de l’esprit fait l’opiniâtreté, et nous ne croyons pas aisément ce qui est au-delà de ce que nous voyons ». A noter que sur le même thème Madame de Sablé disait : « Le esprits médiocres, mal faits, surtout les demi-savants, sont les plus sujets à l’opiniâtreté ». Quant à Montaigne, il affirmait : « L’obstination et ardeur d’opinion est la plus sûre preuve de bestise ».

Il y en a une autre, sur l’amitié, qui m’a beaucoup étonné quand on connaît l’esprit misanthropique de La Rochefoucauld : « Quand nos amis nous ont trompés, on ne doit que de l’indifférence aux marques de leur amitié, mais on doit toujours de la sensibilité à leurs malheurs ». Si cette sentence l’honore, on ne peut qu’être surpris quand nous savons qu’il a écrit un peu plus tard : « Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés », ou encore : « Ce que les hommes ont nommé amitié n’est qu’une société, qu’un ménagement réciproque d’intérêts et qu’un échange de bons offices ; ce n’est enfin qu’un commerce ou l’amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner ». On retrouve là l’esprit amer du moraliste chagrin.

Michel Escatafal

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