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La littérature espagnole aux XIIIè et XIVè siècles

cantigas de S.M..jpgAprès avoir parcouru le XIIè siècle, nous allons poursuivre sur la littérature espagnole aux XIIIè et XIVè siècles, ce qui nous amènera jusqu’à la Renaissance.  Nous nous étions arrêtés sur le mester de juglaria, et nous allons continuer sur une « nouvelle  maestria », comme disent les Espagnols, le mester de clerecia (métier de clergie) dérivée de la précédente et qui va être la forme primitive d’une poésie plus savante.  Les clercs qui l’ont écrite se flattaient d’être érudits, et s’enorgueillissaient de leurs sources  écrites  d’où étaient tirés leurs poèmes épiques. Ils écrivaient avec un type de  strophes lourdes, qui sont des quatrains de 14 syllabes  avec des rimes doublées et consonantes (la cuaderna via).

Le plus ancien et sans doute le meilleur de ces poètes, Gonzalo de Berceo,  mort vers 1268, est encore très populaire. Pittoresque, plein de sensibilité, et doué d’une bonté « sournoise », ses proses hagiographiques et enchanteresses nous racontent les miracles de la Vierge (Milagros de la Virgen) ou la vie des saints (Vida de Santo Domingo de Silos, de San Millan, de Santa Oria) avec une abondance de détails ingénus, mais pour certains hautement humoristiques. Parmi les autres poèmes du mester de clerecia le plus notable est El Libro de Alexandre, écrit vers 1250 avec 10.000 vers, à la fois didactique et moralisateur. L’auteur  y apparaît à la fois fier de son œuvre et admiratif de sa propre habileté.

Au XIIIè siècle apparaissent également les premières pièces dramatiques, mais de caractère purement liturgique. El Auto de los Reyes Magos (Rois Mages) est le premier des quelques exemples qui nous restent de ce théâtre primitif. La poésie lyrique fait aussi son apparition à cette époque, mais rares sont les œuvres écrites en castillan. Les plus fameux de ces poèmes lyriques sont les admirables Cantigas de Santa Maria, œuvre personnelle du roi  Alfonso X el Sabio (1252-1284), en français Alphonse X le savant.

Ce roi sera aussi le protecteur de la fameuse école des traducteurs de Tolède, qui réunissait tous les savants des trois religions monothéistes,  grâce à laquelle on mit la science orientale à portée du monde latin. Il est permis de considérer  El Rey Sabio (le Roi Savant) comme le fondateur de la connaissance espagnole dans de nombreux domaines (astronomie, histoire, philosophie, droit), et le premier des grands prosateurs.  La prose littéraire va poursuivre son développement au XIVè siècle,  avec pour  modèle de référence l’œuvre essentielle du neveu du Roi Savant, l’Infant Don Juan Manuel (1282-1349), à savoir El Conde Lucanor o libro de los Enxemplos (livre des exemples). Il s’agit d’une collection de 51 apologues, pleins d’espièglerie,  qui vont inspirer plusieurs grands auteurs tels que Cervantès, Shakespeare et La Fontaine.

Enfin, à l’imitation de la prose, la poésie est avant tout de portée didactique et moralisatrice. Le meilleur des poètes de l’époque est Juan Ruiz, Arcipreste de Hita (archiprêtre de Hita) mort vers 1351, dont l’œuvre majeure, El libro de buen amor, est l’écrit le plus brillant du XIVè siècle. Ce livre d’une grande force satirique,  débordant d’humour pétillant, relate les nombreuses expériences amoureuses de l’auteur qui prétend ainsi mettre en garde ses lecteurs contre « l’amour fou ». Le style est savoureux, plein de fraîcheur populaire, ce qui donne à ces fables un niveau qui ne sera égalé que par La Fontaine.

Bien distinct de Juan Ruiz est  Pero Lopez de Ayala (1332-1407), un des personnages politiques les plus importants  de la deuxième moitié du XIVè siècle, serviteur notamment de Pedro 1 el Cruel o el Justiciero (Pierre 1er le Cruel ou le Justicier). Son œuvre principale, el Rimado de Palacio (Livre de Poèmes du Palais), est une satire amère et sévère (8200 vers) en même temps qu’un traité de philosophie morale.

Michel Escatafal

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